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L'Escalade (GE)

Chaque année, deux semaines avant Noël, Genève s'apprête à célébrer sa fête nationale. Les enfants se déguisent, les chocolatiers façonnent des milliers de marmites en chocolat, les 680 figurants du plus grand cortège historique d'Europe essaient leurs costumes, polissent leurs armes, pétrissent les pains de résine qui illumineront la ville. Car pendant trois jours et deux soirs, la vieille ville de Genève va retarder sa pendule... jusqu'en l'an 1602, une certaine nuit du 11 au 12 décembre.

C'était par une nuit aussi noire que de l'encre, en cette nuit mémorable, les vaillants ancêtres repoussèrent la "misérable entreprise" su sire Charles Emmanuel, duc de Savoie. A la tête d'une armée de 2000 hommes, il fondit sur Genève et fit dresser trois échelles pour escalader les murailles de la cité de Calvin.

Mais cette entreprise vira à l'échec car, grâce au renfort divin, les genevois préservèrent leur précieuse liberté.

Deux femmes font partie des vaillantes héroïnes. Dame Royaume et Dame Piaget. Deux femmes qui s'illustrèrent par leur vaillance. 

La Mère Royaume porte la fameuse marmite remplie de soupe aux légumes avec laquelle, de sa fenêtre, elle écrasa un Savoyard. Une marmite mythique, devenue le symbole de la fête. 

Dame Piaget, fut, quant à elle, réveillée en pleine nuit. Elle jeta aux défenseurs genevois la clé de son allée, ce qui leur permit de prendre à revers les Savoyards. Puis, selon la légende, elle condamna la porte en déplaçant un bahut si lourd qu'il fallut le lendemain faire appel à trois costauds pour le remettre en place !

 

La marmite en chocolat

On les trouve dans toutes les pâtisseries de la ville. Elle s'appelle "marmite d'Escalade". Petite ou grande, destinée à deux personnes ou beaucoup plus, elle est faite de chocolat (plus rarement de nougat) et est remplie de légumes en massepain et de pétards qui font la joie des enfants comme des adultes. Sa consommation obéit à un rituel immuable. Le benjamin et le doyen de l'assistance sont appelés à briser l'alléchante marmite avec le poing (voire avec l'aide d'un sabre pour les modèles les plus imposants) en prononçant cette phrase fatidique: "qu'ainsi périssent les ennemis de la République !" Une fois la marmite éventrée, chacun se rue sur les fragments de chocolat et sur les navets ou les carottes en massepain.

 

Le cortège

Le clou de la fête de l'Escalade, c'est le cortège historique qui parcourt le dimanche soir le périmètre de la ville de 1602.

En tête on trouve le commandant du cortège avec une batterie de tambours. Ensuite viennent les autorités civiles incluant les quatre seigneurs syndics qui gouvernaient la ville. Viennent ensuite le bourreau avec sa cagoule et ses aides, puis la Compagnie des pasteurs. Puis arrivent Dame Royaume et Dame Piaget. Et pour terminer le peuple de Genève, avec les régents et leurs turbulents écoliers, les artisans, les bourgeois et ceux de la campagne. La fin du cortège est d'une virilité toute militaire. Aux sons des fifres et des tambours défilent la milice bourgeoisie et ses piquiers, les arquebusiers, les pétardiers, les argoulets et les cavaliers.

 

 

"Citoyens, bourgeois, habitants ... Accourez tous en joyeuse ribambée pour honorer la mémoire de nos ancêtres qui sacrifièrent leur vie afin de garder à Genève sa foi, ses libertés, ses franchises et sa glorieuse renommée."